Je pense donc j'écris... (anonyme)
COCHON
Dans le cochon tout est bon
Petit goret, gros cochon sale cochon.
Mignon porcelet, marcassin apprivoisé.
Fantasme lubrique, effets aphrodisiaques?
Le saucisson aurait-il des vertus érectiles?
Et le boudin? Avec de la purée, y a pas mieux.
Mais le cochon c'est aussi le pied.
En gelée, ou grillé, j'adore!
En côte, c'est le porc, grillades, c'est l'été.
La plage les maillots, les rillettes sous les bras des jeunes filles pubescentes.
Queue en tire-bouchon, on ne peut pas gagner sur tous les tableaux.
Saoul comme un cochon, sale comme un cochon.
Mais célèbre comme un jambon, de Parme, d'York, de Paris.
Olida, façon pâté, il en faut pour tout le monde.
Porc, truie, verrat, cochon, porcelet, pourceau, goret; une grande famille.
Cochonnet, petit, rondouillard, roule tout l'été, convoité, adulé, tout proche et
c'est gagné.
Cervelas, drôle d'idée, cochonnailles tant qu'on y est.
Et ce nez! Que dis-je ce nez, c'est un groin, c'est un cap, un peu flasque, une
péninsule, mais ne nous emportons pas.
Un cochon, ça mange n'importe quoi, c'est bien connu.
D'ailleurs dans le cochon, tout est bon.
PRETEXTE
Progression au jugé, dans la nuit à tâtons se frayer un chemin.
Laisser les yeux se familiariser avec l'obscurité.
Ne pas faire de bruit, tout est calme dans le noir.
Un léger ronronnement, c'est lui, pas de doute, il est bien là.
Sa silhouette se détache finalement, massive et carrée.
Approcher la main, tirer délicatement.
Une légère résistance? C'est normal!
Ça y est la porte est ouverte, la lumière jaillit comme un clown de sa boîte.
Après un instant d'éblouissement, c'est la fraîcheur qui se glisse sournoisement vers mon visage, très certainement blafard à l'heure qu'il est.
Ils sont encore là, les yaourts, les œufs, la crème fraîche, le saucisson, les cornichons, le reste de soupe, une bouteille d'eau, du jus d'orange…
Paisiblement installés au frais ils n'ont pas bougé d'un poil.
Pourtant, je ne sais pas, une impression étrange, on dirait que je dérange.
Les cornichons m'ont l'air suspects.
Je les regarde droit dans le bocal, rien, personne ne bouge, je tends la main, bien décidé à les secouer, mais je me rétracte.
Une idée lumineuse! Les prendre par surprise. Je referme la porte, et fais mine de me retirer.
J'ouvre à nouveau subitement, et toise intensément les condiments.
Ils sont malins les bougres, personne ne bouge.
Très bien, je me verse un jus d'orange, et m'assois sur le tabouret, face au frigo grand ouvert.
Si un complot se trame, je dois le déjouer.
Je ne laisserai pas faire n'importe quoi dans mon frigo.
Et si les cornichons avaient décidé de faire exploser leur bocal!
Il faut que je me protège, les éclats pourraient être terriblement dangereux.
A l'aveuglette, à peine guidé par un rai de lumière, je finis par mettre la main
sur une passoire, je me la pose sur le visage, et regagne mon tabouret.
La moutarde! Je suis sur que la moutarde a bougé. Et s'ils attaquaient tous à la fois.
Les œufs, la moutarde, les cornichons, les yaourts, le saucisson…
Ils vont faire de moi du hachis! Il faut que j'attaque le premier.
Lumière, nappe, assiette, couteau, serviette, verre…
Et c'est parti, cornichons et saucisson à volonté, moutarde, œuf dur, pâté,
un petit coup de rouge…
Quelle faim j'avais!
Ça m'a carrément réveillé.
SUICIDE 1
Rien ne va plus, la vie est devenue insupportable, vous n'aimez plus personne, personne ne vous aime, et vous ne vous aimez plus vous-même. Il est temps d'en finir. Plus rien ne peut vous sauver, et pourtant, il vous suffit de suivre à la lettre la recette du :
SUICIDE A LA PORTE DU SALON ET SES OLIVES.
Matériel : Une échelle, une corde de dix mètres environ, une poulie, une enclume, cent cinquante grammes d'olives, cent grammes de cacahuètes, un verre de vin blanc très frais.
a) Choisir un salon, le vôtre ou celui de votre voisine, si elle est d'accord.
b) A l'aide de l'échelle fixer la poulie au plafond vers le centre de la pièce.
c) Faire passer la corde dans la poulie.
d) Fixer l'enclume à une extrémité de la corde.
e) Remonter l'enclume jusqu'au plafond, et fixer la corde sur la poignée de la porte d'entrée.
f) S'asseoir confortablement à la verticale de l'enclume, avec le verre de vin blanc, les olives et les cacahuètes.
g) Attendre.
h) Votre patience sera enfin récompensée lorsque, inquiet de ne pas vous trouver, un ami ou un membre de votre famille, ouvrira la porte, qui s'envolera pour s'écraser au plafond, laissant du même coup l'enclume écraser votre tête.
L'astuce du chef : Cette recette, bien que très efficace, à l'inconvénient d'être salissante, sans compter que les olives écrasées sur le tapis du salon, avec du vin blanc par-dessus, ce n'est vraiment pas terrible. Nous vous conseillons donc de retirer le tapis ou de mettre un plastique sur la moquette.