Je pense donc j'écris... (anonyme)
BIENTÔT AU THEÂTRE
SUICIDE 1
Rien ne va plus, la vie est devenue insupportable, vous n'aimez plus personne, personne ne vous aime, et vous ne vous aimez plus vous-même. Il est temps d'en finir. Plus rien ne peut vous sauver, et pourtant, il vous suffit de suivre à la lettre la recette du :
SUICIDE A LA PORTE DU SALON ET SES OLIVES.
Matériel : Une échelle, une corde de dix mètres environ, une poulie, une enclume, cent cinquante grammes d'olives, cent grammes de cacahuètes, un verre de vin blanc très frais.
a) Choisir un salon, le vôtre ou celui de votre voisine, si elle est d'accord.
b) A l'aide de l'échelle fixer la poulie au plafond vers le centre de la pièce.
c) Faire passer la corde dans la poulie.
d) Fixer l'enclume à une extrémité de la corde.
e) Remonter l'enclume jusqu'au plafond, et fixer la corde sur la poignée de la porte d'entrée.
f) S'asseoir confortablement à la verticale de l'enclume, avec le verre de vin blanc, les olives et les cacahuètes.
g) Attendre.
h) Votre patience sera enfin récompensée lorsque, inquiet de ne pas vous trouver, un ami ou un membre de votre famille, ouvrira la porte, qui s'envolera pour s'écraser au plafond, laissant du même coup l'enclume écraser votre tête.
L'astuce du chef : Cette recette, bien que très efficace, à l'inconvénient d'être salissante, sans compter que les olives écrasées sur le tapis du salon, avec du vin blanc par-dessus, ce n'est vraiment pas terrible. Nous vous conseillons donc de retirer le tapis ou de mettre un plastique sur la moquette.
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HOLD UP 2
Autant l'avouer, je suis fâché avec les dates. Impossible de me rappeler l'anniversaire de ma femme, ni l'année de notre mariage, et à chaque fête des mères je me fais engueuler, j'y pense jamais. Même avec ma propre date de naissance j'ai du mal, c'est dire l'ampleur du problème. Il n'y a guère que le vingt cinq décembre et le premier janvier qui ne présentent pour moi aucune difficulté.
J'exagère, c'est vrai, mais à peine, d'ailleurs pas plus tard que l'année dernière, ma femme était aux côtés de sa mère malade, et bien j'ai réveillonné le vingt-cinq à minuit. Pourtant, la veille, mon épouse m'avait souhaité un bon réveillon… Mais je ne sais pas, c'est comme ça, on ne se refait pas.
Alors imaginez ma surprise, c'était un lundi. J'étais prêt depuis plus de trois semaines. Tout était chronométré, calibré, mon scénario était ficelé aux petits oignons. J'étais seul, mais déterminé, de toute façon c'est lorsque je suis seul que je peux le mieux exprimer tout mon art. Il faisait un temps superbe pour un lundi, pas un chat, ça tombait plus que bien.
Je me garais à l'angle de la rue, discrètement j'enfilais ma cagoule, j'empoignais mon pistolet en main droite, et mon sac en bandoulière sur l'épaule gauche. Chaque geste était mesuré au millimètre, j'avais répété les moindres attitudes, les moindres postures, pendant trois semaines sans relâche.
Dans ma tête, je revoyais la configuration des lieux, le grand hall, au fond les guichets et derrière les guichets, j'imaginais déjà les coffres pleins à ras la gueule. Parce que j'avais tout prévu, les convois de fonds ne passent que le lundi soir, donc il suffit d'arriver avant eux, et par ici l'oseille, enfantin comme raisonnement. Il n'y avait plus qu'à rentrer en gueulant : "C'est un Hold-up, que personne ne bouge!"
Je me pointe donc devant la banque, sur de mon fait, tout de noir vêtu, encagoulé jusqu'aux épaules, bref, impossible de m'identifier. Je pousse la porte, mais voilà qu'elle résiste. J'insiste discrètement, histoire de ne pas éveiller les soupçons, mais rien à faire, elle résiste encore. Je tente un coup d'épaule, puis un autre, j'enchaîne les percussions en série, rien que dalle, je suis coincé dehors.
Il fallait que je ma ressaisisse, je dégoulinais sous ma cagoule. Je me calme donc, mais toujours méfiant, je jette un œil autour de moi, personne, c'est le désert, tant mieux. Normalement la porte ne présente aucun problème, je mets ma main en visière pour regarder à l'intérieur, vide, pas un chat. Et c'est là que je suis tombé sur ce panneau posé juste au-dessus de la poignée : "La banque sera fermée exceptionnellement le Lundi de Pâques."
Mon sang n'a fait qu'un tour, rentrer bredouille, hors de question! Alors je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'étais plus maître de moi, je suis reparti comme un seul home vers le bout de la rue, bien décidé à boucler ce hold-up dans les temps, Lundi de Pâques ou pas. Le premier commerce ouvert ferait l'affaire.
"Boucherie-Charcuterie. Hernandez" Je dois avouer que j'ai eu un moment d'hésitation. Je le plaignais ce pauvre boucher, il n'y était pour rien lui, au contraire, il était même ouvert un Lundi de Pâques. Mais dans ces cas là, pas d'état d'âmes, je me lance donc à l'assaut, sans réfléchir, tout à l'instinct, c'est dans ces moments là que je suis le meilleur.
Et bien il y avait du monde chez le charcutier, c'était plein. Sur le coup, j'ai failli faire demi-tour, mais je me suis immédiatement ressaisi : "C'est un Hold-up, que personne ne bouge!" Le silence s'est installé dans la boucherie, tout le monde avait tourné son regard sur moi, et j'en tirais une certaine satisfaction je dois dire. Toutes ces mamies aux cheveux bleus ou roses, on aurait dit des perroquets. Elles étaient mortes de peur, avec leur petit sac, leur petit chien et leur petit steak haché pour le toutou à sa maman. En quatre mots, je dominais la situation.
"Sacré René, tu nous auras flanqué une belle frousse cette fois-ci". C'était le boucher qui s'adressait à moi, tout sourire, la moustache frétillante, les joues bien tendues, les mains pleines de sang. Qu'est-ce qu'il me voulait celui-là, il ne pouvait pas mourir de peur comme tout le monde? Non, il fallait qu'il fasse le malin. En plus je ne m'appelle pas René.
"Ne vous inquiétez pas mesdames, c'est René mon beau frère. Sacré farceur va! Tiens la voilà ta commande, heureusement que tu as amené un sac, parce que trois jambons, cinq kilos de saucisses et huit saucissons, tu peux pas les emporter sous le bras." J'étais quelque peut déconcerté, je présentais donc mon sac. "hé! La prochaine fois pas la peine de faire tout ça pour passer devant tout le monde…" rajouta-t-il en me tapant sur l'épale, tout en me raccompagnant vers la sortie.
Bon, l'essentiel c'est que je ne sois pas rentré bredouille, mais, ma femme m'a dit : "Mon Dieu! On ne pourra jamais manger tout ça." Alors là j'ai eu un trait de géni, j'ai pris un calendrier, et j'ai listé toutes les fêtes qui restait à souhaiter.
La fête des mères : un jambon.
L'anniversaire de ma sœur : trois kilos de saucisses.
La fête des pères : deux saucissons.
Notre anniversaire de mariage : trois saucissons et deux kilos de saucisses.
La crémaillère des voisins : un jambon…
Mais comme dirait ma femme, l'essentiel maintenant c'est de ne pas se planter dans les dates…
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